Quels revêtements pour nos équipements sportifs ?

  • admin 

L’une des promesses de campagne de la précédente mandature consistait à rénover le Gymnase des Bouillides, dont les usagers subissent depuis de nombreuses années déjà les infiltrations, le froid, ainsi que des sanitaires régulièrement inutilisables (voire insalubres), rendant parfois la pratique du sport difficile ou dangereuse (sol glissant, …).
Pour tenter de donner suite à cette promesse, et face à la complexité de mise en œuvre de cette rénovation du Gymnase, la municipalité a lancé un projet de rénovation du stade attenant. Pour des motifs économiques et écologiques tout à fait compréhensibles (économie d’entretien et d’arrosage), il a alors été décidé par la municipalité que le stade en gazon naturel serait remplacé par du gazon synthétique. Ce n’est qu’une fois ce chantier porté à la connaissance des associations et de leurs adhérents qu’un certain nombre d’utilisateurs (ou leurs parents) ont eu l’occasion de faire part, par l’intermédiaire du COV, de leur inquiétude quant à la supposée toxicité de ces revêtements synthétiques. En effet, ces revêtements, qui recouvrent de plus en plus les stades et les aires de jeux pour enfants, sont le plus souvent fabriqués à partir de pneus recyclés.
A Valbonne, cela pourrait aussi concerner les aires de jeux pour enfants au village et dans les quartiers, les cours d’école, ainsi que le stade Chabert depuis sa rénovation en 2019.

Mais que savons-nous exactement aujourd’hui de cette éventuelle toxicité, supposée cancérogène, pour nos enfants ou les sportifs qui utilisent ces installations ?

1 – Quels sont les revêtements incriminés ?

Il faut d’abord savoir que tous les revêtements synthétiques, de par leur structure et leur composition, ne sont pas concernés au même niveau par cette suspicion de toxicité. Le composant qui est principalement la cible des inquiétudes porte le doux nom de SBR (Styrene-Butadiene Rubber). C’est ce composant qui est fabriqué à partir de pneus recyclés.

Le SBR est très fréquemment utilisé dans les revêtements synthétiques d’aires de jeux ou de cours d’école en tant que sous-couche d’amortissement (cf. figure 1) recouverte par des granulats de caoutchouc colorés.
Dans les gazons synthétiques utilisés dans les équipements sportifs, les granulats de SBR sont placés en surface du revêtement afin de maintenir les brins tout en offrant un amortissement optimal.

Il est donc important de différencier ces revêtements, car le contact direct avec les granulats de SBR ne survient, dans les revêtements d’aires de jeux, que si la surcouche est suffisamment dégradée pour laisser apparaître la sous-couche, alors que, dans le cas des gazons synthétiques sportifs, le contact survient même quand le revêtement est en parfait état.
Il faut enfin savoir que certains revêtements synthétiques, y compris sous la forme de gazon, n’utilisent aucun granulat de SBR, mais ces derniers sont aussi plus chers.

2 – Pourquoi les granulats SBR sont-ils ainsi pointés du doigt ?

Les soupçons sont arrivés des Etats-Unis dans la fin des années 2000. Quelques grandes villes, comme celle de New York, avaient alors totalement interdit ces revêtements. Ceci à la suite de la mise en évidence, par des entraineurs, de cas de cancer (leucémies, …) inexpliqués chez des jeunes sportifs « professionnels », essentiellement des gardiens de but de « Soccer » (ie. Football). Des analyses des granulats de SBR avaient alors permis d’y constater la présence de différentes familles de substances telles que des Hydrocarbures Aromatiques Polycycliques (HAP), des Benzothiazoles, des Phtalates, des métaux lourds, etc. Certains de ces composés, en fonction de leur teneur et du fait qu’ils soient mis en contact direct avec le corps humain (par toucher, inhalation ou ingestion) seraient jugés comme « à risques », «dangereux», voire «cancérigènes».

C’est en novembre 2017 que le sujet est apparu en France, d’abord dans une enquête du magazine SoFoot, puis le 22 février 2018 dans un reportage de l’émission « Envoyé Spécial ». En février 2018, en réponse à l’intervention d’une sénatrice, «l’agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) a été saisie par six ministres dont la ministre des sports pour analyser les données et les études disponibles sur ce sujet, identifier les préoccupations qui pourraient en résulter et les besoins complémentaires afin de réaliser une évaluation des risques».

3 – Quels sont les résultats de cette saisie de l’ANSES ?

Le travail effectué par l’ANSES a consisté à l’étude « des données publiées et des travaux en cours, identifier les besoins de connaissance pour orienter les priorités d’action et de recherche ». Et d’ajouter que « L’analyse réalisée ne constitue donc pas une évaluation des risques sanitaires et ne porte donc pas de conclusions de l’agence sur l’existence ou l’absence de risques ».

Sur la base des données qui ont été portées à sa connaissance, l’ANSES en conclut cependant que :

  • « En matière de risques pour la santé humaine, l’analyse des données de la littérature présentée dans cette note conduit l’Anses à constater que les « expertises sur les risques liés à l’exposition de sportifs et d’enfants utilisateurs des terrains synthétiques, ainsi que de travailleurs impliqués dans la pose et l’entretien de ces terrains concluent majoritairement à un risque sanitaire négligeable. »
  • « En matière environnementale, les données de caractérisation des granulats et d’exposition disponibles indiquent l’existence de risques potentiels pour l’environnement. Ces risques sont principalement liés au relargage de métaux (dont le zinc), mais également de substances chimiques organiques telles que certains phtalates ou phénols ayant des propriétés de perturbation endocrinienne. »

Malgré tout, et face au constat d’une insuffisance de données, l’ANSES recommande « l’enclenchement d’actions visant à préciser certains volets spécifiques pour effectuer une évaluation des risques pour la santé humaine »

4 – Ce que nous, « Valbonne Futur et Nature », en pensons :

Les conclusions de l’ANSES sont plutôt rassurantes d’un point de vue sanitaire, elles le sont nettement moins d’un point de vue écologique, il n’y a donc peut-être pas de raison suffisante pour « crier au scandale ».

De véritables zones d’ombres demeurent cependant, notamment en étudiant la réglementation européenne REACH (cf. Entrée 50 de l’annexe XVII du règlement REACH) et en comparant les seuils maximums qui y sont fixés concernant la présence de HAP (et d’autres composés chimiques) dans les revêtements synthétiques par rapport à ceux autorisés dans les articles du quotidien ou des jouets pour enfants. Sous prétexte que les granulés de SBR ne seraient pas en contact direct et fréquent avec la peau, on tolèrerait des taux bien plus importants.

Sachant qu’il s’agit de faire des choix qui pourraient avoir un impact sur la santé des Valbonnais et l’environnement de la commune, nous pensons qu’il est de la responsabilité de nos élus d’appliquer un strict respect du principe de précaution, à savoir :

  • Ne pas laisser les aires de jeux pour enfants se dégrader jusqu’à ce que les granulats de SBR deviennent apparents et au contact direct des enfants, comme c’est par exemple actuellement le cas au milieu du parc de la Bouillide.
  • Procéder à toutes les vérifications sur l’origine et la composition des terrains synthétiques présents sur la commune (Ex : Stade Chabert), rendre publiques ces informations afin que chaque Valbonnais puisse prendre une décision éclairée pour lui-même ou ses enfants. Et si la présence de SBR était soupçonnée ou avérée, procéder à des analyses afin d’en publier les résultats à tous les Valbonnais.
  • Pour toute rénovation à venir d’une aire de jeux, d’une cour d’école ou d’un terrain de sport, faire appel à des solutions alternatives sans SBR, comme par exemple des sols à base de copeaux de bois, ou des gazons synthétiques utilisant du liège ou du caoutchouc vierge.

Sur ce type de question, et dans l’attente d’une évolution de la règlementation, il nous parait raisonnable d’obtenir de nos élus la plus grande transparence. Et il nous semble être de leur devoir de prendre des décisions avec la plus grande prudence, surtout quand des solutions alternatives existent et n’empêchent pas la réalisation des projets à venir.

 

Sources :

Enquête « SoFoot » :
https://www.sofoot.com/190-substances-indiquent-un-potentiel-cancerogene-450783.html
https://www.sofoot.com/terrains-synthetiques-les-malades-s-interrogent-453165.html

Reportage « Gazon Suspect » de l’émission « Envoyé Special » :
https://www.youtube.com/watch?v=a6I-XPDz5OQ

Question au gouvernement de la sénatrice Francoise Cartron :
https://www.senat.fr/questions/base/2017/qSEQ171102049.html

Note d’appui scientifique et technique de l’ANSES :
https://www.anses.fr/fr/system/files/CONSO2018SA0033.pdf

Annexe XVII du règlement REACH (traduite en francais) :
https://reach-info.ineris.fr/sites/reach-info.gesreg.fr/files/pdf/annexe_xvii_reach-2020_fr.pdf

Articles de presse sur le sujet :
https://www.ouest-france.fr/sport/dossier-les-terrains-synthetiques-sont-ils-dangereux-pour-la-sante-5580376
https://www.leparisien.fr/societe/les-terrains-de-foot-synthetiques-sont-ils-dangereux-pour-la-sante-21-02-2018-7572414.php
https://www.lexpress.fr/actualite/sport/football/dangers-des-gazons-synthetiques-il-faut-mettre-en-place-une-cellule-de-crise_1989184.html
https://labosport.fr/wp-content/uploads/2018/06/Pr%C3%A9sentation-Labosport-Infills.pdf

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.